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 [Récit] Légendes d'Alcantha - La vengeance d'un fils

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Ohama Suno
Cartographe
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Nombre de messages : 69
Race : Humain, samuraï déchu devenu mercenaire pour pouvoir vivre.
Etat d'esprit : Neutre, buveur de bière (donc une préférence pour les nains)
Date d'inscription : 07/01/2008

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MessageSujet: [Récit] Légendes d'Alcantha - La vengeance d'un fils   Sam 14 Fév - 0:04

1.


Le papillon voletait autour de la branche du chêne. Il semblait perdu, dans l’immensité du bois, recherchant des fleurs mais ne trouvant que de grands et forts arbres. Les troncs de certains étaient si épais et paraissaient si lourds que six nains peineraient sans nul doute si d’aventure ils devaient en transporter un. Mais Ja‘Min ne souciait pas du transport des arbres : toute son attention était focalisée sur le papillon, émerveillé par cette beauté qu’il savait éphémère. Ce spectacle l’occupait et lui faisait oublier son chemin, si bien que le jeune homme s’éloigna bien vite de la taverne de Shan, où il était censé se rendre, et s’approcha du bois. Cette forêt miniature, la plupart des nains qui vivaient ici, à Doen, la craignaient. Dans la culture naine, les arbres sont craints (mais respectés) pour ce qu’ils représentent : l’obscurité qui y règne, les elfes qui y vivent, et Eldannia, la déesse qui a amené ces mêmes elfes sur Alcantha et qui les protège. Mais Ja’Min n’était pas un nain, et il ne partageait pas leurs craintes.
En réalité, Ohama Ja’Min n’était ni un nain, ni un elfe, ni même un humain : dans ses veines, comme dans celle de tous les Ohama avant lui, coulaient le sang des trois peuples, comme le lui avait appris sa mère. Quand on connaissait bien ce jeune homme de 17 ans, la vérité sautait aux yeux. Il avait globalement le corps d’un humain, mais avait la grâce des elfes. Il n’était pas imberbe comme eux, et devait s’astreindre à un rasage régulier, faute de quoi sa barbe pouvait rivaliser en longueur avec celle d’un jeune nain. Il disposait également de l’irascibilité du peuple des montagnes, mais compensée par l’empathie et la compassion. Ses longs cheveux blonds, ils les tenaient assurément de ses ancêtres elfes, mais son visage était celui d’un humain : ses traits n’avait pas la finesse d’un visage elfique, ni la dureté du visage des nains. Mais peut-être était-il encore trop jeune et trop inexpérimenté pour que son apparence soit définitive ?
Il était toujours à la contemplation du papillon et allait rentrer dans le bois, quand la voix puissante de Hendar, le forgeron, retentit derrière lui, pareille aux cors d’une armée :
« - Où vas-tu comme ça, Ja’Min ? Il t’est défendu de quitter le village sans autorisation. Et si tu avais une autorisation, je pense que j’aurais été averti…
Hendar, en tant que forgeron, comptait parmi les notables du village et siégeait au conseil : c’était un personnage important, suffisamment important pour que Ja’Min, tout contrarié qu’il fut, se plie à ses ordres.
- Très bien, Maître Hendar. Je ne m’approcherai plus du bois sans autorisation, répondit Ja’Min en s’agenouillant en signe de soumission.
Le nain resta quelques secondes à le regarder, tirant sur sa pipe : le jeune homme ne cilla pas.
- Relève-toi, Eknadrahm, et suis-moi, dit-il enfin.
Ja’Min s’exécuta, encore étonné que Hendar lui donne ainsi du Eknadrahm, terme nain qui signifiait « sang noble ». Il entreprit de questionner le forgeron.
- Maître Hendar, je ne mérite…
Le nain leva sa main (dont la majorité des doigts était ornée de splendides bagues) pour le faire taire. Il eut un petit rire, puis se retourna vers Ja’Min, l’air amusé.
- Tu t’étonnes de t’entendre appeler Eknadrahm ? Ignores-tu tes origines ? A moins que ta nature espiègle d’elfe t’encourage à te moquer d’un vieux nain fatigué ?
- N… Non, Maître.
- Et cesse de m’appeler Maître ! Certes, je suis cinq fois plus vieux que toi, et tu me dois le respect, mais respect ne signifie pas nécessairement stricte application d’un protocole digne des réunions du Conseil d’Alcantha ! Nous sommes proches, appelle-moi par mon prénom. Voilà bientôt dix ans que tu es ici, nous nous connaissons depuis le premier jour, je t’ai enseigné quelques secrets de forge à la demande de ta mère… Ah, ta mère…
Il se rembrunit, triturant nerveusement sa pipe.
- Une femme remarquable, ta mère. Et courageuse, conclut-il avec un ton bourru. Mais assez parlé. Ne devais tu pas retrouver… quelqu’un... quelque part ? ajouta-t-il avec une pointe d’ironie, signifiant qu’il avait retrouvé son humeur habituelle.
- Hiroshi ! Je l’avais oublié !
Ja’Min salua le forgeron d’un geste distrait de la main, avant de repartir en courant vers la taverne de Shan, sa destination initiale, le lieu de travail de son frère.

C’est dans la grande salle de la taverne, inondée de la lumière qui provenait des larges fenêtres, que Ja’Min retrouva son frère Hiroshi, fort occupé à servir des chopes de dimensions impressionnantes (du moins, elles l’étaient pour un humain) à deux nains d’humeur joyeuse, qui parlaient d’une voix haute et rocailleuse du bonheur que leur procurait le travail à la mine. Encouragés par le contenu de leurs chopes, ils entonnèrent une chanson naine célèbre chez les mineurs, une chanson très drôle qui évoquait l’impossible triangle amoureux qui liait un mineur devenu roi, une dragonne centenaire et une elfe qui avait abusé de l’hydromel, le tout sur fond de batailles dans des galeries naines, de forêts incendiées, d’alcool coulant à flots et de haches couvertes de sang. Une chanson qui plaît aux nains, en toute occasion, et tous ceux qui étaient présents dans la taverne se joignirent aux deux mineurs pour un long couplet sur la mort atroce de l’elfe, arrosée de bière par le roi et ses compagnons de beuverie puis brûlée vive par la dragonne, ivre elle aussi, mais de jalousie.
Profitant de l’agitation, Ja’Min s’accouda au comptoir pour parler avec son frère.
- « Alors, ce travail, tu t’y fais ? dit-il en hurlant presque, tant la chanson des nains emplissait l’espace sonore de la salle.
- Épuisant ! répliqua le frère. Je préfère rester à la maison avec mes livres. Au moins, il n’y a pas un nain qui vient toutes les dix minutes me demander de lui remplir une chope en l’honneur d’Asheor, d’Ershak ou de n’importe quel héros de légende qui mérite une chanson hurlée par une cohorte de barbus ivres à faire s’effondrer le Steraglannion lui-même par le bruit de leurs paroles.
Ja’Min éclata de rire. Son frère n’était ni fort, ni courageux, mais il maniait sa langue aussi bien qu’un bretteur aguerri manie son épée.
- Certes, grand frère, mais n’oublie pas que c’est Mère qui t’a obligé à prendre ce travail chez Shan pour que tu t’endurcisses.
- Je me rends compte maintenant du sens de ses paroles ! Une journée de travail à la taverne est au moins aussi éprouvante qu’un mois d’entraînement sans relâche avec les plus grands escrimeurs d’Alcantha ! Ou un combat contre…
- Aurais-tu quelque chose à redire sur les habitués de cette taverne, jeune Ohama ? l’interrompit une voix puissante.
C’était Shan, le patron de la taverne, un nain musclé bien qu’un peu gras (tout bon tavernier se doit de goûter ce qu’il sert) : sa silhouette, son visage taillé à la hache et ses nombreuses cicatrices trahissaient un passé militaire. Il se tenait derrière Hiroshi, une énorme bouteille d’hydromel à la main. Ce dernier se retourna : à la vue de son employeur, il blêmit.
- Que… Quoi ? Heu... Non, je…
Shan éclata de rire :
- Eh bien, tu as perdu ta répartie, Eknadrahm ? Ha ha ha ! Ca ne te ressemble pas ! D’habitude, tu passes plus de temps à discourir qu’à servir ces braves enfants d’Asheor ! dit-il en faisant un geste amical vers les nains ivres, qui en étaient désormais au dernier couplet, et tournaient autour des tables en chantant comment la dragonne noya son chagrin dans les caves du roi qui l’avait quitté pour une naine de haute naissance.
Le tavernier s’appuya contre le comptoir, fixant Hiroshi de ses yeux noirs.
- Tous ces nains sont mes amis. Je les connais depuis l’enfance, et certains ont combattu à mes côtés il y a quatre décennies, lors du retour des Démons. Certains ont même connu ton père… Votre père, se corrigea-t-il lorsqu’il remarqua la présence de Ja’Min.
Ja’Min se crispa en entendant mentionner son père. Ce père qu’il avait si peu connu, lui, son propre fils, mais que tout le monde autour semblait connaître. C’était assez dur à supporter, ce que Shan sembla remarquer.
- Bon, assez bavardé. Ja’Min, je suppose que tu es venu chercher ton frère ?
- Oui, Mère nous demande. Elle a dit qu’elle brûlerait tous tes livres jusqu’au dernier si tu ne les rangeais pas à leur place, ajouta-t-il à l’adresse de son grand frère.
- Par Shagrakor ! Pas ça !
Et Hiroshi s’enfuit à toutes jambes vers sa maison, sans même dire au revoir à son patron, ce que Ja’Min trouva parfaitement déplacé ; aussi, il s’empressa de rattraper l’erreur de son frère.
- Excusez-le, Shan… Vos savez comme il tient à ses livres…
- Ce n’est rien, Ja’Min, le rassura le tavernier. Mieux vaut qu’il oublie de me saluer plutôt qu’il endure la fureur de Lya. Pour ce qui est de châtier quelqu’un, elle vaut bien son mari !
Ja’Min se raidit de nouveau, ce que Shan remarqua encore une fois, bien évidemment. Le nain l’emmena hors de la taverne. La nuit venait de tomber ; la lueur de la lune éclairait le visage de Shan, le faisant paraître plus jeune qu’il ne l’était réellement. Il s’adressa à Ja’Min avec un ton empreint de bienveillance.
- Il est important, Ja’Min, que tu apprennes à supporter la célébrité de ton père. C’est le plus grand seigneur qu’Alcantha ait jamais connu, et tu dois te faire à cette idée. Aucun homme, elfe, nain ou dragon ne pourra jamais l’égaler. Il s’est élevé plus près des dieux qu’aucun être vivant avant lui. Mais il vous appartient, à toi et à toute la maison des Ohama, de faire honneur à ce héros. Et pour cela, tu dois à tout prix surmonter ton ressentiment.
- Je ne l’ai rencontré qu’une fois, et je m’en souviens à peine. J’avais cinq ans. Il revenait encore d’un de ces innombrables et longs voyages…
Il avait prononcé ce mot avec une telle haine que Shan lui-même resta interloqué.
- Ja ‘Min ! Tu ne peux pas dénigrer ainsi ce que ton père a accompli durant sa vie entière ! Ces voyages ont permis à Onizo, et à Alcantha toute entière de prospérer, et il s’est tant investi dans cette mission qu’il en a perdu la vie…
Ja’Min laissa éclater sa rage.
- Et tout ça pour quoi ? Pour que ces parvenus de Seiryu profitent de l’occasion pour prendre le pouvoir, et que les lâches rois de Balmen s’installent au sud ! Vous pensez vraiment que c’est ce que mon père – il énonça ces deux mots avec peine – aurait voulu pour notre pays ? C’est à cause de lui qu’Alcantha plie sous le joug de ces monstres !
Il partit aussitôt, sans même prendre la peine de saluer le tavernier. Il traversa le village telle une furie, la rage lui donnant une énergie telle que tous les nains s’écartaient à sa vue, tellement il irradiait de fureur. Ainsi porté par sa colère, il atteignit la demeure familiale, une charmante maisonnette bâtie dans le style shadran, chose plutôt insolite à l’est d’Eldoran.

Il entra, et s’apaisa en voyant Maiko, sa jeune sœur. Elle avait 15 ans, deux de moins que Ja’Min qui avait lui-même deux ans de moins que Hiroshi. Elle portait une légère robe d’été de grande qualité, un des derniers vestiges de la vie fastueuse qui fut autrefois celle des Ohama. Elle était assise dans le salon, près de la fenêtre, et semblait absorbée par un grand livre à couverture rouge, frappées des lettres dorées : « Histoire d’Alcantha – vol.4 ». Le jeune homme s’approcha, s’assit sur le banc à côté de Maiko, toujours concentrée, et commença à lire par-dessus l’épaule de sa sœur.

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Comme le disait maître Dhe Su : "Si de l'homme récalcitrant une réponse tu souhaites, essayes de ne pas trop lui défoncer la tête."
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